Belle Petite Monde
Histoire de Poilus racontées aux enfants
"C'est
au cours d'un entretien avec le petit-fils de l'artiste que ce dernier
me présenta ce carnet de croquis qui n'avait jamais auparavant
été extrait des archives familiales.
Tour à tour dessinateur, graveur, illustrateur puis peintre
paysagiste, Raymond Fontanet, dit Renefer (1879-1957) est un artiste
complet dont les œuvres sont aujourd’hui
disséminées dans les musées et collections.
Durant toute la Grande Guerre, il dessine sans discontinuer et
exécute de nombreuses gravures « Sur le
Front » de Verdun, « Pendant le
Combat » dans la Somme et pour illustrer « le
Feu » d’Henri Barbusse chez Gaston Boutitie en 1918.
Parmi une remarquable correspondance illustrée, il relate ici
pour sa fillette de 8 ans, surnommée affectueusement sa «
Belle Petite Monde », la vie dans les tranchées sous forme
de scénettes de la vie quotidienne réunies dans un
carnet.
Parmi tous les témoignages sur la première guerre
mondiale, cette Histoire de poilus racontée aux enfants occupe
une place très particulière : ce carnet de guerre, de
petites dimensions et qui tient dans une poche, décrit en trente
aquarelles et textes la vie sur le front et à l'arrière :
l'artiste-poilu présente tour à tour les soldats, le
grand père soldat, le cuistot, le soldat à la
pèche, à sa toilette ou au coin du feu. Plus
« sérieusement », il décrit
également les soldats dans les tranchées, la
hiérarchie militaire, les bombardements, les prisonniers et
ennemis. Renefer livre un témoignage mesuré et sensible
sur les horreurs de la guerre. Subtil et allusif, il parvient à
cacher les terribles événements dont il est le
témoin tout en laissant filtrer l’indicible.
Ce témoignage réaliste emprunte, par sa narration, la
manière d'un conte philosophique et permet à un enfant
(de cette génération) de comprendre ce dont tout le monde
parle, de ce qui l'entoure et le rend compréhensible par les
plus petits. Il ne s'agit pas ici d'imaginer les personnages et les
situations ; tout dans ce carnet est réel. Tout au long de
sa vie d’artiste, Renefer dessine ce qu'il voit... à sa
manière, c'est à dire en toute simplicité,
discrétion et avec une certaine poésie.
La modernité de son dessin permet une meilleur
compréhension de son témoignage.
«Je vais te raconter ce que je vois de drôle ici» :
le soldat Renefer souhaite distraire et expliquer sa perception de la
guerre à sa fille. Il illustre son texte d’aquarelles
parfois drôles et toujours très démonstratives.
Mais, au fil de l'histoire, la dureté de la situation se fait de
plus en plus ressentir. Le soldat, perdu dans le no-mans-land
qu’est devenu le front, semble lui-même se projeter dans
l’enfance, s'associer à l'enfant à qui l'histoire
est contée.
Il lui semble de plus en plus difficile de réduire la guerre
à cette description des soldats en situation.
L’artiste-poilu explique aussi les paysages
dévastés, les maisons en ruine, les civils en errance. Le
texte se termine par l’allusion aux milliers de morts «Hélàs
beaucoup de nos petits soldats dorment pour toujours dans la terre de
France…Les petites fleurs des champs poussent sur leur tombe et
les décorent » puis
«Quand
tu seras grande et que tous les ans on fêtera la gloire et la
bravoure de nos soldats, tu penseras à toutes ses petites croix
éparses dans les champs, elles sont le gage de ton bonheur
à venir.... »
Renefer passe un message de mémoire poignant, qui fait de lui un
passeur de mémoire pour les générations actuelles
et futures et donc à nous, enfants, petits-enfants et
arrière-petits-enfants de la
« génération sacrifiée ».